De Kallstadt à New-York, une histoire américaine

Friedrich est né à Kallstadt, dans le royaume de Bavière, le 14 mars 1869. À la mort de son père, Johannes, alors qu’il n’a que 8 ans, c’est sa mère, Katharina, et ses cinq frères et sœurs qui héritent des vignes familiales et d’un bon paquet de dettes. Katharina, jugeant Friedrich trop chétif pour le dur labeur des champs, décide d’en faire un barbier. Mais ce n’est pas à Kallstadt, modeste bourgade de mille âmes, que le garçon pourra exercer son art et ce, d’autant plus que l’âge de la conscription dans l’armée impériale allemande approche. Friedrich, qui n’a alors que 16 ans, décide d’émigrer aux États-Unis.

Nous sommes en 1885. Après une traversée de 12 jours à bord du Eider, le jeune Friedrich arrive au Castle Garden [1] le 19 Octobre avec un bon millier de ses compatriotes. Comme tous les migrants depuis la nuit des temps, ce sont majoritairement des hommes, ils sont jeunes, célibataires et plutôt pauvres. Friedrich n’échappe à aucune de ces règles mais il peut compter sur sa sœur et son beau-frère, qui vivent à New-York depuis déjà deux ans : avoir des contacts sur place, c’est une chance.

De fait, quelques heures à peine après avoir débarqué, il rencontre un barbier germanophone qui, coup de chance, cherche justement à embaucher. Le lendemain, Friedrich est déjà à l’œuvre et le voilà qui taille des barbes dans Little Germany, le quartier allemand de Manhattan [2]. Ça aussi c’est une constante de l’histoire des migrants : de tout temps et à chaque fois que ça a été possible, ils se sont regroupés entre eux le temps d’adopter la langue, la culture et les codes de leur pays d’accueil.

Six années plus tard, avec quelques centaines de dollars d’économies en poche, Friedrich repart à l’aventure. Nous sommes en 1891 et le jeune allemand déménage de l’autre côté des États-Unis — à Seattle — et se lance dans une nouvelle carrière : il sera désormais restaurateur. Il ouvre un restaurant dans le quartier chaud de la capitale du tout nouvel État de Washington [3] ; restaurant qui, dans ses publicités, faisait état de ses « chambres pour dames » — c’est-à-dire qu’il faisait aussi office de bordel.

C’est à Seattle que Friedrich devient officiellement citoyen des États-Unis et, par la même occasion, se renomme Frederick pour essayer de faire oublier ses origines allemandes qui, à l’époque, lui valaient les foudres des « nativistes » [4]. C’est, là encore, une constante de l’histoire des migrations qui transcende les pays d’accueils et les pays d’origines : parce qu’ils sont généralement pauvres — raison pour laquelle ils quittent leur terre natale — et peu éduqués les immigrés sont toujours, aux yeux d’une part incompressible de la population, la source de tous les maux.

Toujours est-il qu’en 1892, sept ans après avoir débarqué du Eider, notre nouveau citoyen des États-Unis d’Amérique participe à l’élection de Benjamin Harrison ; laquelle, d’ailleurs, fût quelque peu mouvementée puisque son opposant Démocrate avait remporté le vote populaire mais perdu celui du collège électoral — ce qui n’est pas sans rappeler une affaire plus récente.

À partir de 1894, Frederick modifie son business model : il restera hôtelier, restaurateur et accessoirement tenancier de maison de joie mais tentera désormais de faire ça dans les villes minières qui se développent un peu partout, à chaque rué vers l’or. Après une première tentative avortée à Monte Cristo et un bref retour à Seattle, il participe à partir de 1898 à la ruée vers l’or du Klondike en ouvrant, avec son associé Ernest Levin, l’hôtel-restaurant Arctic à Bennett, en Colombie Britannique.

Cette fois-ci c’est la bonne. Si l’Artic n’est, au tout début, qu’une modeste tente, il va connaître un succès phénoménal qui permettra à Frederick d’en ouvrir d’autre et de diversifier ses activités — prostitution, jeux d’argent et vente d’alcool — jusqu’à constituer une véritable petite fortune. Mais en 1901, les autorités ayant manifestement l’intention de mettre fin à ce type d’activités, il décide de tout vendre… et de renter à Kallstadt en homme riche.

Ce retour aux origines ne durera qu’un an, juste le temps d’épouser Elisabeth Christ, la fille d’un voisin, avant de retourner s’installer à New York, mais dans le sud du Bronx cette fois. C’est là que naîtra leur fille aînée mais, Elisabeth ayant le mal du pays, la petite famille tentera un retour l’Allemagne en 1904 ; retour qui s’avèrera impossible puisque Frederick y est désormais considéré comme un déserteur. Bref, le 30 juin 1905, ils s’installent définitivement à New-York où naissent leur deux fils : Fred (1905) et John (1907).

Frederik poursuivra sa carrière d’hôtelier dans la grande pomme, faisant au passage l’acquisition de plusieurs biens immobiliers quand le sentiment antiallemand — cette fois-ci à cause de la première guerre mondiale — le lui permettait jusqu’au 27 mai 1918, date à laquelle il succombe, comme des millions d’autres, à la grippe espagnole. On estime aujourd’hui qu’à sa mort, il avait accumulé une petite fortune immobilière de près d’un demi-million de dollars actuels.

Ce que Frederik ne pouvait pas savoir, c’est que son fils Fred, aidé de sa mère, reprendrait le flambeau paternel et développerait le petit patrimoine immobilier familial jusqu’à en faire une fortune colossale. Il ne pouvait pas deviner, non plus, que 132 ans après qu’il ait débarqué du Eider, le 45ème président des États-Unis serait élu sur un programme visant à rejeter les émigrés comme lui à la mer. Et il pouvait encore moins deviner que ledit président ne serait autre que son petit-fils Donald Trump.

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[1] Aujourd’hui Castle Clinton, c’est le premier centre d’accueil des immigrants des États-Unis avant l’entrée en service du centre de Ellis Island en 1890.
[2] Dans le Lower East Side de Manhattan, Kleindeutschland pour les germanophones ouDutchtown pour les irlandais restera jusqu’en 1904 le point de regroupement de la plupart des immigrés allemand à New-York qui, en 1855, était la troisième plus grande ville germanophone au monde après Vienne et Berlin. Lors du recensement de 2013, pas moins de 49 millions d’américains déclaraient avoir des ancêtres allemands : 15% de la population.
[3] L’État de Washington n’est devenu le 42ème État des États-Unis que le 11 novembre 1889 — deux ans avant l’arrivée de Friedrich.
[4] Lire, à ce propos, l’excellent As American as Apfelkuchen de Jackson Kuhl.

Opération Léviathan

Peu d’État, dans l’histoire du monde, ont plus mérité d’être appelé Léviathan que le nôtre aujourd’hui. La superstructure publique est partout, elle intervient dans tous les domaines et, si vous lisez ces mots, c’est que vous faites partie de ceux qui en ont pris conscience.

En théorie, dans ce qu’il est convenu d’appeler un démocratie, le peuple souverain est en mesure de surveiller le Léviathan et, si besoin est, de l’obliger à reculer. Sauf que, dans l’état actuel de nos affaires publiques, cet acte de surveillance est devenu impossible. Il y a trop de comités, trop d’agences, trop de lois pour qu’un être humain normalement constitué puisse espérer, même en y consacrant tout son temps, même en étant notoirement compétent, démêler le nœud Gordien des affaires publiques.

Simplement : c’est trop compliqué, trop changeant pour que vous ou moi puissions prétendre y comprendre quoi que ce soit et donc, voter comme de vrais citoyens.

Mais l’union, dit-on, fait la force. Si, seuls dans nos coins, nous sommes désarmés face à l’infinie complexité de la chose publique, nous pouvons en revanche unir nos forces, nos compétences, pour essayer d’y voir plus clair.

Aussi, je vous propose l’opération Léviathan. Son objet est aussi simple en principe qu’il est complexe en pratique : collecter, rationaliser et diffuser les données que nos élus et nos administration peinent tant à mettre à notre disposition. L’analyse desdites données n’est pas de notre ressort — même si, cela va de soi — vous serez libres d’en faire ce que bon vous semble : l’objectif est, prioritairement, de les récupérer dans un format exploitable.

Si vous souhaitez participer, munissez-vous d’un compte Google si ce n’est pas déjà le cas et inscrivez-vous ci-dessous. En particulier, nous avons besoin de spécialiste du droit public et de la comptabilité nationale, de web-développeurs (surtout si vous savez manipuler des bases de données), d'analystes financiers et de tous ceux et celles d’entre vous qui sont prêts à consacrer une part de leur temps libre à ce projet.

Les comités Théodule

Le Comité Stratégique au Calcul Intensif, le Haut Conseil de l’Éducation Artistique et Culturelle, l’Observatoire des Jeux, la Grande Commission Nautique, la Conférence de la Ruralité, le Groupe Interministériel des Normes… L’imagination de nos dirigeants en matière de comités Théodule ne semble connaitre aucune limite.

Grâce à quatre courageuses et courageux (un grand merci à Delphine, Ugo, Clément et Caroline qui nous a fourni un fichier de contrôle très utile), nous disposons maintenant d’un fichier exploitable conçu sur la base des données trouvées en annexe du PLF 2016 (le « jaune ») pour les années 2012, 2013 et 2014 (les coûts sont donnés en milliers d'euros).

Au total, nous avons donc 504 comités, conseils, observatoires, commissions, conférences et autres groupes interministériels — ci-après « instances ». Certaines ont disparu depuis, d’autres sont de création très récente mais ça donne un ordre de grandeur. Ces instances occupent, plus ou moins, un maximum de 19 890 membres (c’est un maximum parce qu’une même personne peut être membre de plusieurs instances) et elles ont coûté, entre 2012 et 2014, un peu plus de 24.2 millions d’euros par an.

C’est-à-dire que, même si leur nombre est impressionnant, les coûts de fonctionnement de ces instances ne sont pas si élevés que ça. J’en trouve même 234 (46.4%) qui n’ont, en trois ans, pas coûté en centime de frais de fonctionnement [1]. La raison, à priori, en est fort simple : elles sont essentiellement composées de politiques, de fonctionnaires déjà payé par leur administration d’origine et de membres de la société civile qui, pour autant que je sache, y participent à titre gracieux.

La première chose qui frappe, en descendant la liste « à la main », c’est l’extraordinaire hétérogénéité de nos comités Théodule. On y trouve un peu de tout : de toutes les tailles (en nombre de membres, de réunions annuelles ou de budget) et de toutes les sortes ; ça va des instances aux intitulés extraordinairement précis (la Commission pour la désignation des agents des services fiscaux des catégories A et B habilités à effectuer des enquêtes judiciaires) aux bidules aux noms totalement abscons dont on se demande bien à quoi ils peuvent servir (la Commission interministérielle des biens à double usage).

Du point de vue du nombre de membres, je trouve 16 instances composées de plus de 100 personnes. À l’opposé, 25 commissions comptent entre 1 et 5 membres et j’en trouve même 8 qui n’ont pas le moindre membre. Je suppose que ces instances n’existaient plus ou pas encore quand notre source de données a été compilée et les ai donc exclu de ce qui suit à l’exception, toute fois, de la très étrange Commission spécialisée nationale chargée de la mise en œuvre de la reconnaissance, de la validation et des équivalences des formations et expériences des sapeurs-pompiers volontaires (ci-après, la Commission fantôme) : elle n’a aucun membre mais a trouvé le moyen de se réunir 6 fois en 2014 pour un coût de 1 500 euros.

Ce qui nous fait 497 instances présumées existantes sur la période.

Une commission, c’est fait pour se réunir mais là aussi, l’hétérogénéité est la règle. Si, en moyenne, elles se réunissent un peu moins de 10 fois par an, certaines semblent fonctionner pratiquement en continu — 5 d’entre-elles se réunissent plus de 100 fois par ans — tandis que 75 instances ne se sont vues que une à trois fois de 2012 à 2014 inclus. J’ai même 56 commissions qui n’ont pas eu la moindre réunion sur leur agenda en 3 ans ; ce qui, soit dit en passant, n’a pas empêché le Comité stratégique de la sécurité des systèmes d'information d’afficher des frais de fonctionnement de l’ordre de 24 mille euros en 2012 et 2013.

Nous en venons, justement, aux coûts de fonctionnement : en moyenne, une commission coûte à peu près 49 milliers d’euros par an à ceci près que, sur notre panel de 497 instances, 227 (46%) fonctionnent pour un coût nul. À l’opposé, vous vous en doutez, on trouve 14 commissions qui consomment un budget de plus d’un demi-million d’euro chaque année. Évidemment, ça peut être dû au nombre de membres et de réunions ; raison pour laquelle j’ai aussi calculé le coût moyen par personne et par réunion de chaque instance : outre celles qui ne coûtent rien, elles sont 175 à dépenser moins de 100 euros par personne et par réunion et j’en trouve 25 qui n’hésitent pas à mettre plus de 1 000 euros sur la table ; dont 8 qui dépendent du Premier Ministre.

Podiums

Le champion toutes catégories est le Conseil national des universités et le Conseil national des universités pour les disciplines médicales, odontologiques et pharmaceutiques (ci-après, le mastodonte) ; pris ensembles, ces deux machins qui n’en forment qu’un dans nos données mobilisent 4 283 membres (22% de l’effectif total) qui se réunissent entre 525 et 545 fois par an (23% du total) et coûtent un demi-million d’euro chaque année (11% du total). La même remarque s’applique sans doute aux Commissions professionnelles consultatives et comité interprofessionnel consultatif institués auprès du ministre chargé de l’éducation nationale (620 membres), au Groupes d'étude des marchés (441 membres) ainsi qu’aux Commissions pédagogiques nationales (IUT) (301). Il va de soi, comme leurs noms le suggèrent, que ces instances sont un peu particulières : nous allons donc les laisser de côté pour ce qui suit.

Outre ces cas à part, donc, les instances les plus peuplées semblent être la Commission nationale des enseignants chercheurs relevant du ministre chargé de l'agriculture et le Conseil de normalisation des comptes publics (CNOCP) qui réunissent 240 membres chacune. Si la première ne se rassemble que 2 à 4 fois par an, la seconde, en revanche, fait partie des instances hyperactives avec une bonne centaine de réunions par an : manifestement leurs travaux, et on s’imagine volontiers qu’ils ont du pain sur la planche, sont divisés en plusieurs commissions. À l’opposé et outre la Commission fantôme, le très obscur Comité du capital-investissement ne comporte que 3 membres qui, manifestement, n’ont pas très envie de se voir (aucune réunion en 3 ans).

Du point de vue du nombre de réunion et outres les cas spécifiques évoqués plus haut, c’est le Haut conseil de la santé publique qui remporte la palme avec plus de 400 réunions par an : comme, pour des raisons évidentes, ça fait beaucoup je suppose qu’ils font ça par petits sous-groupes. Le CNOCP, dont nous venons de parler, arrive en deuxième position avec sa centaine de réunions annuelles et il est suivi du Conseil national du numérique qui se rassemble près de 85 fois par an.

En termes de coût, enfin, et outre le mastodonte, le record est tenu par l’Observatoire national de la politique de la ville (ONPV) avec 1.7 millions par an pour seulement 40 membres et moins de 5 réunions par an ; ce qui fait de cette instance du ministère de la Ville (et de la jeunesse et des sports) le machin le plus coûteux par personne et par réunion avec une dépense moyenne de plus de 9 mille euros. Il est suivi du Conseil d'orientation des retraites qui coûte un peu plus d’un million par an pour 39 membres mais près de 20 réunions par an.

En termes de coût par personne et par réunion, l’ONPV est suivi par le Comité de pilotage de l'observatoire national de la fin de vie et l’Observatoire des finances locales : comptez entre 7 000 et 8 000 euros par personne et par réunion. À l’extrême inverse et outre les nombreux comités qui ne coûtent rien, le Conseil national du tourisme ne dépense que 6.33 euros par an pour 204 membres et 46 réunions annuelles (soit 70 centimes par personne et par rencontre).

Par ministère

Chacune de nos instances étant rattachée à un ministère [2] (ou à la Banque de France, bizarrement), il est intéressant de faire quelques statistiques à ce propos.

À tout seigneur tout honneur, commençons par le Premier Ministre. Le chef du gouvernement se distingue principalement par le coût global de ses commissions (près de 5 millions par an). Il faut dire qu’il finance, logiquement, des instances stratégiques telles que le Conseil d'orientation des retraites (à ne pas confondre avec le Comité de suivi des retraites ) dont nous avons déjà parlé, le Conseil d’analyse économique ou le Comité de surveillance des investissements d’avenir. Mais le Premier Ministre a aussi quelques chasses gardées amusantes ; je pense notamment au Conseil national de la montagne (qui descend de ladite montagne environ 2 fois par an) et surtout — ma préférée — la Commission interministérielle des données d’origine spatiale ce qui ne manquera pas, j’en suis sûr, de donner des ailes aux amateurs de théories ésotériques.

Au ministère des Affaires sociales (et de la santé et du droits des femmes) — en gros, chez Marisol Touraine — on aime beaucoup les commissions. Le ministère est second en nombre d’instances (65) et en nombre de réunions (938 par an) et il est troisième de notre classement en nombre de membres (1 279), en matière de coût global (un peu plus de 3 millions par an) et en nombre de réunions par commission et par an (plus de 14). On s’y occupe de tout le monde avec bienveillance à tel point qu’on n’hésite pas à multiplier les instances : vous y trouverez notamment, en matière de santé publique, un Comité national, un Haut conseil et une Conférence nationale. Pour l’égalité entre hommes et femmes on y trouve un Conseil supérieur et un Haut conseil. Et pour vos vieux jours, vous pouvez compter sur le Comité national de suivi du développement des soins palliatifs et de l’accompagnement de la fin de vie et le Comité de pilotage de l’observatoire national de la fin de vie.

La Culture tend, elle aussi, à multiplier les instances (54, troisième du classement) et les effectifs (1 359 au total, 5ème). En revanche, les coûts étant relativement maîtrisés, le ministère d’André Malraux est plutôt un bon élève de la classe (0.7 millions d’euros par an). On y trouve quand même une Commission d'enrichissement de la langue française, la Commission de classification des œuvres cinématographiques (descendante directe de la Censure), l’indispensable Commission du fonds de soutien à l'expression radiophonique locale, une Commission de la rémunération équitable et quelques instances dont on peine à comprendre ce qui les distingue : la Commission scientifique nationale des musées de France, le Haut conseil des musées de France et le Conseil artistique des musées nationaux.

Le ministère de la Décentralisation et de la fonction publique, plutôt discret en termes de nombre d’instances et de membres, se distingue néanmoins en ceci qu’il y consacre proportionnellement beaucoup d’argent : il arrive 7ème de notre classement en termes de coût total mais 4ème en matière de coût par commission (un peu plus de 82 mille euro par an) et second quand on ramène ça au nombre de membres et de réunions (près de 322 euros par personne et par réunion). En cause, deux instances particulièrement : le Comité des finances locales (43 membres, 6 réunions par an et un budget annuel de 560 mille euros) et l’Observatoire des finances locales (8 membres qui ne se voient qu'une fois par an mais coûtent 58 mille euros de coût de fonctionnement).

L’Écologie (et le développement durable et l’énergie) est, je ne vous le cache pas, mon ministère préféré. Il détient le record du nombre d’instances (79 !), il est second en nombre de membres (2 731) et se classe quatrième en termes de coût annuel (2.2 millions) ainsi qu'en nombre de réunions (plus de 436 par an). On y trouve des tas de comités amusants — de l’environnement polaire, de l’eau, de l’air, du bruit, du paysage, de l’information géographique et j’en passe… — et même un paquet dont on se demande ce qu’ils fichent là : comme la ribambelle d’instance qui traitent de la marine, de l’aviation, des télépéages, des phares et des téléphériques. On y trouve aussi un Comité d'experts pour la transition énergétique et un Conseil national de la transition écologique mais seul le premier semble avoir une quelconque utilité : ses 50 membres se sont réunis 9 fois en trois ans.

L’Éducation Nationale (et l’enseignement supérieur, et la recherche) est un ministère un peu à part du point de vue des commissions. Il est premier de notre classement dans tous les domaines (6 113 membres, un budget annuel de près de 7 millions d’euros et plus de mille réunions par an) sauf, en termes de nombre d’instance (elle n’est que 5ème) et en termes de coût par personne et par réunion (7ème). C’est, bien sûr, à cause de ses commissions un peu particulières dont le mastodonte. Il n’en reste pas moins que l’ÉN est de loin la plus grosse consommatrice de comités et qu’elle recèle en son sein quelques pépites remarquables comme le Comité stratégique du calcul intensif, le Conseil national de la vie lycéenne ou le très onéreux Observatoire national de la vie étudiante (26 membres, moins de 3 réunions par an mais 353 mille euros de budget annuel).

Aux Affaires étrangères, on se montre plutôt économe (notez tout de même la fameuse Commission interministérielle des biens à double usage). À l’Agriculture, on se distingue surtout par la composition pléthorique des commissions (754 personnes, sur la 3ème marche du podium). La Défense est toute en sobriété et consacre 5 de ses 19 instances aux anciens combattants et vétérans. Le ministère de l’Économie (et de l’industrie, et du numérique) se montre relativement économique, justement, exception faite de ses Groupes d'étude des marchés évoqués plus haut. Les Finances et comptes publics se réunissent beaucoup sur des sujets très austères à l’exception, toutefois, du Comité consultatif et de l’Observatoire des jeux. L’Intérieur n’est pas beaucoup plus amusant (sauf la Commission de révision du nom des communes). La Justice se montre d’une parcimonie remarquable. Rien d’extraordinaire à dire du ministère du Logement (et de l’égalité des territoires et de la ruralité) ni de celui du Travail (et de l’emploi, et de la formation professionnelle, et du dialogue social). Au ministère de la Ville (et de la jeunesse, et des sports), outre l’ONPV évoqué plus haut, il n’y a pas grand-chose à raconter. Les Outre-mer et la Banque de France, avec seulement 3 et 2 instance respectivement, sont les moins chers de la bande.

Suite des opérations

Matteo, ci-dessous, nous donne le lien vers la même annexe dans le PLF 2017. Nous allons donc pouvoir compléter nos données avec les coûts de fonctionnement et le nombre de réunion au titre de 2015 [3].

Par ailleurs, il nous faudrait aussi, pour chaque instance, sa date de création, son éventuelle date de suppression [4] ainsi qu’une brève description de ce que font ces gens (ceux qui siègent à la Commission interministérielle des données d’origine spatiale en particulier).

Attention, toutefois, le découpage des ministères a changé : certains ont été fusionnés, d’autres ont été créés, beaucoup ont changé d’intitulé. N’y touchez pas pour le moment : je vais essayer de trouver une solution pratique pour gérer ça.

Si vous souhaitez nous aider à compléter ces données (et, pourquoi pas, à répéter l’opération sur un autre sujet), créez-vous un compte Google si ça n’est pas déjà fait et restez en ligne, j’organise ça d’ici la fin de la semaine.

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[1] Si ce n’est, évidemment, le temps que ça prend à celles et ceux qui y participent, les éventuels frais (de transport par exemple) pris en charge par leurs administrations et le coût de la paperasserie que nécessitent tous ces comités.
[2] En l’occurrence, il s’agit plus où moins des découpages ministériels du gouvernement Valls 2 soit 17 ministères (y compris le Premier Ministre, plus la Banque de France), même si les données couvrent aussi Ayrault 1, Ayrault 2 et Valls 1.
[3] Pour homogénéiser les données : une absence de coût ou de réunion doit être notée 0, même si ladite instance n’existait pas cette année-là.
[4] Nous cherchons la date exacte du décret ou de l’arrêté qui créé, supprime ou fusionne un comité. Vous en trouverez à la fin des « jaunes » mais aussi dans les colonnes Texte(s) institutifs (F) et Commentaires (P).

Le bilan de l'État

Au 31 décembre 2015, l’actif de l’État était évalué à 982.3 milliards d’euros.

On y trouve principalement des actifs physiques (terrains, immobilier, infrastructures, notamment routières, matériel, notamment militaire), des participations financières (les très nombreuses participations de l’État, avec ou sans contrôle, mais aussi prêts et avances à des collectivités ou à des États étrangers) et même des immobilisations incorporelles (comme, par exemple, le spectre hertzien, évalué à 8.2 milliards). À cela se rajoutent un actif circulant, composé de stocks (notamment militaires) et de créances et la trésorerie de l’État.

Le passif de l’État est composé à 76.4% de sa dette financière c’est-à-dire des obligations émises pour financer nos 42 ans de déficits budgétaires et, dans une moindre mesure, pour gérer la trésorerie de l’État. À côté de ça, on trouve évidemment un certain nombre de créances (fournisseurs, personnels, retraites, trop-perçus d’impôts etc…), quelques provisions pour risques et charges ainsi que les dépôts réalisés par un certain nombre d’institutions publiques (les correspondants du Trésor) auprès du Trésor.

Au total, ça fait un passif de 2 097 milliards et donc une « situation nette », l’équivalent conceptuel des fonds propres d’une entreprise, négative de — tenez-vous bien — 1 115 milliards d’euros. C’est-à-dire que si, le 31 décembre 2015, nous avions décidé de fermer la boutique : de vendre tout ce que l’État possède et de rembourser les dettes, ça nous aurait laissé une ardoise de 1 115 milliards à régler.

Alors évidemment, pour une entreprise ou un ménage, ce serait une situation inconfortable mais pas insoluble. Avoir plus de dettes que de patrimoine, en soi, ça n’est pas nécessairement dramatique : il suffit d’avoir de bons revenus, de tenir vos dépenses et, ainsi, de rembourser vos dettes et même vous constituer un capital.

Sauf que, s’agissant de l’État, ses dépenses sont très nettement supérieures à ces revenus et ce, depuis 1975. Pire encore : la seule idée de réduire son déficit — sans même oser parler d’équilibrer son budget — est généralement qualifiée de politique d’austérité et donne invariablement lieu à une levée de drapeau spectaculaire de la part de ceux-là même qui, soit dit en passant, estiment que nos dettes sont « illégitimes ».

Et pourtant, ça tient. Là où n’importe quelle entreprise aurait déjà été mise en liquidation judiciaire, alors que votre ménage serait depuis longtemps placé sous tutelle, on trouve encore des fous pour oser nous prêter de l’argent sur des durées extravagantes et à des taux dérisoires.

Il n’y a, je l’ai déjà dit plusieurs fois et je réitère ici, pas de magie en ce bas monde. Si l’État ne peut être comparé à un ménage ou à une entreprise, ce n’est pas parce qu’il est de nature surnaturelle mais parce que, que nous le voulions ou non, nous sommes tous garants des dettes qu’il contracte.

La dette publique, comprenez-le, c’est notre dette à tous. Si l’État, pour une raison ou une autre, devait avoir quelques difficultés à faire face à ses obligations, il dispose d’un gigantesque réservoir de revenus non exploités : vos revenus et votre épargne. C’est là toute la différence : l’État, par définition, jouie du monopole de la coercition et donc de la fiscalité.

N’attendez pas de miracle : il n’y en aura pas. Soit nous mettons nos finances publiques en ordre — et le plus tôt sera le mieux — soit nous finirons par recevoir l’addition, pour ne pas dire la multiplication, de 42 années consécutives d’irresponsabilité budgétaire.

Dans l’état actuel des choses, augmenter les impôts est exclu : nous avons déjà une des pressions fiscale les plus élevée au monde et nous sommes devenus, ses dernières années, les champions du monde en matière d’exil de contribuables fortunés, de créateurs d'entreprises et même d'étudiants diplômés. Le taux de l’impôt en réduit l’assiette, c’est un principe vieux comme le monde.

Renier la dette publique ? C’est de l’ordre du possible mais avant de vous lancer sur cette piste, vérifiez bien que vous n’êtes vous-même pas un créancier de l’État (vous avez un contrat d’assurance-vie en euro ?) et oubliez jusqu’à la notion de déficit public parce qu’après un défaut de paiement, vous ne trouverez plus le moindre créancier.

Quant à l'usage de la planche à billets, rêve délirant des deux fronts, elle revient exactement au même à ceci près que la ponction de notre épargne et de nos revenus ne sera même pas soumise à un contrôle parlementaire. Si vous cherchez un exemple de ce que donnent ce type de politiques, le Venezuela vous en donne un à ceci près qu'il disposent des premières réserves pétrolières mondiales.

Non, il n’y a pas d’autre option : il faut, et de toute urgence, réduire drastiquement nos dépenses publiques, relancer notre économie en levant la chape de plomb réglementaire qui l’étouffe, vendre (en les valorisant au mieux) les actifs qui n’ont rien à faire dans le giron de l’État et nous engager, à long terme, à générer des excédents budgétaires.

C’est encore possible, il n’est pas trop tard, mais continuer à tergiverser serait fatal.

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NB : les chiffres que je donne ici ne concernent que l'État au sens strict. La réalité est encore pire puisqu'il faut ajouter à ce qui précède les dettes des autres administrations publiques, y compris les centaines (ou milliers) de milliards qui ne sont pas officiellement comptabilisés dans nos dettes publiques.

Société Nationale des Catastrophes Financières

Nous ne reviendrons pas ici sur la qualité des services de la SNCF, sur son incapacité chronique à respecter ses horaires, sur sa grille tarifaire kafkaïenne, sur le confort spartiate de ses trains, sur la vétusté alarmante de ses équipements ni sur les grèves à répétition de son personnel. Non, cette fois-ci, nous allons parler finances parce qu’au cas où ça vous aurait échappé, la situation est dramatique.

Malgré la quantité phénoménale d’aides publiques dont bénéficie le groupe — entre 11 et 12 milliards chaque année sans compter les subventions d’équilibre pour le régime spécial de retraite des cheminots (3.36 milliards en 2014), le CICE et sans doute encore quelques autres — la SNCF parvient à peine à présenter un résultat net positif. Au dernier pointage, pour l’année 2016, elle arrive péniblement à 567 millions après avoir perdu plus de 12.2 milliards en 2015 pour cause de dépréciation d’actifs.

Bref, la SNCF est un gouffre financier qui accumule les pertes et donc, une dette abyssale. Au 31 décembre 2016, il y en avait pour 52.8 milliards d’euros ; une masse qui augmente de 1.5 milliards tous les ans, soit à peu de chose près la charge de la dette. C’est-à-dire que la SNCF doit contracter de nouveaux emprunts pour assurer le service des précédents.

Pire encore : les fonds propres du groupe sont négatifs de près de 7.3 milliards. Pour faire simple, ça signifie que la SNCF doit plus d’argent que la somme de tout ce qu’elle possède — et encore, ça suppose que la valorisation des actifs au bilan entretient quelque rapport avec la réalité ; la dépréciation spectaculaire opérée en 2015 laisse à penser que c’est loin d’être le cas.

Bref, c’est un gouffre. Après Areva et EDF pour ne citer que les cas les plus récents, c’est une nouvelle démonstration de qu’Henri Fayol appelait « l’incapacité industrielle de l’État ». C’était en 1921.

Évidemment, n’importe quelle société normale dans une telle situation serait déjà en liquidation. Sauf que la SNCF n’est pas une société normale : c’est un Établissement Public Industriel et Commercial (ÉPIC) [1] et il se trouve que, au regard de nos lois, un ÉPIC ne peut pas faire faillite.

Et c’est là que, pourvu qu’on ait l’humour grinçant, cette histoire devient vraiment amusante : si la SNCF se révèle incapable de rembourser ce qu’elle doit — et elle n’y arrive, je le répète, qu’en empruntant de quoi rembourser ses dettes existantes — l’État ne peut pas faire autrement que prendre la note à sa charge. En s’autres termes, l’État, même s’il s’en défend, est nécessairement solidaire des dettes de son ÉPIC.

Or voilà : l'essentiel des 52.8 milliards de dette de la SNCF ne sont pas comptabilisés dans notre dette publique [2] et ils ne font, sauf erreur de ma part, même pas partie des fameux « engagements hors bilan de l’État » [3] puisqu’officiellement, justement, l’État ne s’est engagé à rien [4]. Sauf qu’évidemment, personne ne s’y trompe. Les agences de notation, par exemple, ont parfaitement compris la règle implicite du jeu (voir cet article de l’Ifrap) : la SNCF est notée AA- par Standard & Poor’s et Aa3 par Moody’s.

Et c’est là qu’on touche au sublime : puisqu’il est bien entendu de tout le monde que l’État et donc les contribuables sont nécessairement solidaires des dettes de la SNCF, cette dernière peut continuer à s’endetter à bon compte, comme si de rien n’était. Le résultat c’est qu’en 2015, SNCF Réseau s’offrait une émission sur — tenez-vous bien — un siècle à 2.78% et l’année dernière, elle émettait pour 900 millions d’obligations « vertes » sur 15 ans… pour à peine 1.104%.

À moins d’une prise de conscience de nos élus qui ne peut venir que d’une prise de conscience de chacun d’entre nous, ça finira mal, forcément.

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[1] Elle est même constituée de trois ÉPIC ; le groupe SNCF lui-même et ses deux principales filiales : SNCF Mobilité et SNCF Réseau (ex RFF).
[2] Erratum (2017-03-20 @ 09:45) : dans une version précédente de cet article j'ai écrit, à tort, que ça s'appliquait à l'ensemble de la dette de la SNCF : en réalité, l'Insee a récemment requalifié une partie de la dette de SNCF Réseau en dette publique (10.9 milliards en 2014).
[3] Seules les subventions d’équilibre du régime spécial de retraite des cheminots semblent avoir été comptées par la Cours des comptes.
[4] Edit (2017-03-20 @ 09:45) : à l’exception des 1.5 milliards de l'ex-SAAD qui restent en bilan de SNCF Mobilité mais mais donnent lieu, en contrepartie, à une créance du même montant sur la Caisse de la dette publique (CDP).

Note complémentaire sur la dette (2017-03-20 @ 10:50)

L’endettement financier net de la SNCF est décrit dans rapport annuel (page 93).

Au total, le passif financier de la SNCF atteint le 67.2 milliards d’euros. Ce sont essentiellement des emprunts obligataires (83.1%), des billets de trésorerie, des emprunts bancaires (3.4%) et des instruments de financement à court terme (comme des billets de trésorerie, 6.6%).

Sur ces 67.2 milliards, l’Insee a requalifié 10.9 milliards de la dette de SNCF Réseau en dette publique en 2014 (Note 6.1.2.7. voir page 98).

Le passif financier de la SNCF comprend également les 1.5 milliards dont la charge a été transférée à l’État en 2006 (a.k.a. SAAD : à l’époque, il y en avait pour 8 milliards) puis à la Caisse de la Dette Publique en 2007. Cette dette est toujours présente au bilan de SNCF Mobilité mais elle est compensée par une créance du même montant sur la CDP (voir note 6.1.2.2, page 96).

Face à ces dettes, la SNCF revendique 14.4 milliards d’actifs d’où un endettement net de 52.8 milliards. Après retraitement des 12.4 milliards (10.9+1.5) déjà intégrés à la dette publique, il reste 40.4 milliards qui ne sont pris en compte absolument nulle part.

La dette publique

Au 30 septembre 2016, la dette publique française (a.k.a. dette des administrations publiques au sens de Maastricht) s’établissait à 2 160.4 milliards d’euros soit 97.6% du PIB. C’est le niveau le plus élevé jamais constaté en temps de paix.

Cette dette comprend la dette de l’État lui-même, les dettes des organismes divers d’administration centrale [1], les dettes des administrations publiques locales [2] et les dettes des administrations de sécurité sociale [3]. Voici comment elles se répartissaient au 30 septembre 2016, en milliards d’euros (source : Insee) :

Entité Montant Poids
État 1 722.6 79.7%
Autres 437.9 20.3%

C’est donc l’État lui-même, au sens de la comptabilité nationale, qui a contracté l’essentiel de notre dette publique. Cette dette de l’État, de façon marginale, a été contractée sous forme de dépôts réalisés auprès du Trésor (l'État, entre autres choses, est aussi banquier) et de crédits (je n'en sais pas plus). Mais l'écrasante majorité, 1 636.2 milliards d’euros au 30 septembre 2016 (source : AFT), soit 95% de la dette de l’État, a été contractée sous forme d'obligations émises sur les marchés financiers. C'est la dette négociable de l’État.

Cette part de la dette publique est intégralement gérée par l’Agence France Trésor (AFT), une agence placée sous l'autorité du directeur général du Trésor et chargée de gérer la dette et la trésorerie de l'État. Elle prend la forme de deux types d'obligations :

  • Les Bons du Trésor à taux Fixe et à intérêts précomptés (BTF) qui sont des obligations à court terme (un an au maximum) destinés à pourvoir aux besoins de trésorerie de l'État (comme payer les salaires des fonctionnaires à la fin du mois) ;
  • Les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) qui représentent l'essentiel (91% au 30 septembre 2016) et permettent à l'État d'emprunter de l'argent sur de plus longues périodes [4] : l’échéance la plus lointaine à l'heure où j'écris ces lignes est fixée au 25 mai 2066 soit un peu moins d'un demi-siècle [5].

Bref, si on ne tient compte que de la dette publique officielle [6], les 3 quarts ont été empruntés sur les marchés financiers sous forme d’obligations. Ça n’a, en soit, rien d’exceptionnel : la plupart des autres pays s’endettent de la même façon et c’est aussi de cette façon que nous avons fonctionné pendant des siècles [7].

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[1] Les organismes divers d’administration centrale (ODAC) forment une catégorie d’établissements publics composée, pour l’essentiel, d’agences gouvernementales (le CEA, l’AMF, Météo France…), de groupement d’intérêt public et d’écoles et universités publiques. On en compte environ 700 selon la liste des ODAC publiée par l’Insee en mai 2016.
[2] Les administrations publiques locales regroupent les collectivités locales — 35 885 communes, 101 départements, 18 régions et 2 062 métropoles et communautés (source, 1er janvier 2016) et les organismes divers d’administration locale (ODAL) ; c’est-à-dire, principalement, les collèges, les lycées, les chambres consulaires (commerce, agriculture, métiers), les établissements publics locaux (pompiers, CCAS…) et un certain nombre d’associations financées sur fonds publics locaux.
[3] Les administrations de sécurité sociale (ASSO) comprennent les régimes obligatoires de sécurité sociale — régime général, régime social agricole (MSA), régime social des indépendants (RSI), AGIRC et ARRCO —, l’assurance chômage, la caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) et le Fond de réserve des retraites (FRR) mais aussi les hôpitaux et certaines œuvres sociales.
[4] L'AFT utilisait également, jusqu'au 31 décembre 2012, des Bons du Trésor à intérêt ANnuel (BTAN) pour les maturités intermédiaires. Ces choses n'existent presque plus : le dernier BTAN arrivera à maturité le 25 juillet 2017.
[5] En moyenne, la dette négociable de l’État avait une durée de vie (le temps qui nous sépare du remboursement du capital) de 7 ans et 124 jours au 30 septembre 2016.
[6] Les engagements hors bilan de l’État sont, à eux seuls, un vaste sujet qui occupe beaucoup la Cour des Comptes : outre de nombreuses garanties accordées aux uns et aux autres, ils comportent des milliards de dettes en bonne et due forme (retraites des fonctionnaires, dettes de la SNCF…) qui n’apparaissent pas dans les chiffres officiels.
[7] Emprunter de l’argent et, éventuellement, exproprier ses créanciers est une habitude des États presque aussi vieille que la monnaie elle-même. Les historiens estiment habituellement que le premier véritable emprunt public de l'État français date de 1535, sous le règne de François Ier.
[8] Non, personne n’a interdit au Trésor d’emprunter de l’argent à la Banque de France en 1973.

Qui est riche ?

J'ai mené une petite enquête sur Twitter pour essayer d'évaluer ce que les gens entendent pas être riche. Au total, 382 personnes ont participé ce qui est beaucoup mais, malheureusement, pas assez pour exploiter toutes les données (notamment les intentions de vote par candidat aux présidentielles). Avant de vous présenter les résultats, une petite mise au point s'impose.

Patrimoine net

Votre patrimoine net, conceptuellement, c’est la somme d’argent que vous récupèreriez si vous vendiez tout ce que vous possédez et remboursiez toutes vos dettes. C’est l’équivalent de ce qu’on appelle les fonds propres pour les entreprises : c’est ce qui est vraiment à vous. Si vous êtes propriétaire d’un appartement estimé à 200 000 euros, votre patrimoine brut s’élève à 200 000 euros ; mais si vous devez encore 150 000 euros à la banque, votre patrimoine net ne s’élève qu’à 50 000 euros.

Un aspect important du patrimoine net, c’est qu’il peut tout à fait être négatif. C’est ce qui arrive quand le montant de vos dettes est supérieur à la valeur de ce que vous possédez. C’est typiquement le cas de nombreux jeunes diplômés de grandes écoles qui ont financé leurs études à crédit : ils entrent à peine dans la vie active, ne possèdent presque rien mais doivent beaucoup d’argent à leur banque.

Ça donne lieu un paradoxe intéressant déjà évoqué ici : un paysan syrien qui, par hypothèse, ne possède rien mais ne doit rien à personne dispose d’un patrimoine net nul mais il est réputé plus riche qu’un jeune diplômé de Harvard dont le patrimoine net est négatif. En réalité, ce paradoxe n’est qu’apparent. Notre jeune diplômé possède un capital extraordinairement précieux : sa capacité à créer de la richesse et donc à gagner de l’argent. On appelle ça du capital humain [1].

Ce qui m’amène fort opportunément à mon second point : le patrimoine net s’accumule en général avec le temps. Dans la plupart des cas vous en avez peu quand vous êtes jeunes et plus vieillissez, plus vous en accumulez. Il y a principalement deux raison à cela : primo, ce patrimoine est le fruit d’une accumulation d’épargne (notamment lorsque vous remboursez le capital de votre crédit immobilier [2]) et, deuxio, la plupart des gens héritent du patrimoine de leurs parents lorsqu’ils ont eux-mêmes passé la cinquantaine [3].

C’est-à-dire qu’être riche, au sens patrimonial du terme, ça dépend en grande partie de votre âge. Sur la base des données de l’Insee, voilà à quoi ça ressemblait début 2015 :

Âge [5] D1 D5 D9
Moins de 30 ans1 20014 10090 200
De 30 à 39 ans2 40057 100304 300
De 40 à 49 ans2 200113 200500 100
De 50 à 59 ans2 700172 400672 000
De 60 à 69 ans6 100211 800696 200
70 ans et plus7 000157 000610 000

Où D1 désigne le premier décile (lecture : 10% des trentenaires disposent d’un patrimoine net inférieur ou égal à 2, 400 euros), D5 désigne la médiane (lecture : la moitié des moins de 30 ans disposent d’un patrimoine inférieur ou égal à 14 100 euros) et D9 désigne le neuvième décile (lecture : 90% des ménages dont la personne de référence est sexagénaire possèdent moins de 696 200 et donc, au-delà, vous faites partie des 10% les plus fortunés) [6]. À partir de l’âge de la retraite, vous observez que les patrimoines nets déclinent : on cesse d’accumuler et on vendre le stock pour améliorer l'ordinaire ou à faire des donations à ces enfants.

Enfin, et je me contenterai d’évoquer ce point, notez aussi qu’en toute bonne logique, vos droits à la retraite devraient être intégrés à votre patrimoine. Pour bien voir ce point, imaginez qu’un individu cherche à reproduire les effets de votre retraite — le versement mensuel d’une somme d’argent garantie par l’État — et demandez-vous combien il devrait investir aujourd’hui pour y parvenir : ça représente beaucoup d’argent [4] et ce, d’autant plus que les taux d’intérêts sont bas.

Niveau de vie

J’ai introduit plus haut la notion de capital humain. Parce qu’il est difficile d’admettre que notre diplômé de Harvard est plus pauvre qu’un paysan syrien, notre capacité à gagner de l’argent est une composante essentielle de ce que nous appelons richesse. Seulement là aussi, on ne peut pas se contenter de sommer vos revenus mensuels : avec les mêmes revenus, vous pouvez être plutôt riche ou plutôt pauvre.

De façon assez évidente et même si je n’en tiens pas compte par la suite, ça dépend où vous vivez. Gagner 1 500 euros à Paris, c’est loin d’être Byzance parce que tout y est cher, à commencer par l’immobilier. En revanche, toutes choses égales par ailleurs, ces mêmes 1 500 euros peuvent vous permettre de vivre tout à fait confortablement si vous habitez au fin fond du Cantal.

Ensuite, ça dépend de la structure de votre ménage : 1 500 euros par mois pour satisfaire à vos seuls besoins, ça n’est pas du tout la même chose que si vous devez aussi élever trois enfants en bas âge. C’est pour cette raison que l’Insee estime des niveaux de vie. Chaque personne vivant dans votre ménage compte pour un certain nombre d’unités de consommation : 1 pour le premier adulte, 0.5 pour toutes les autres personnes de 14 ans ou plus et 0.3 par enfant de moins de 14 ans.

Par exemple, un célibataire sans enfant qui gagne 1 500 euros par mois a un niveau de vie de 1 500 euros mais une mère qui élève seule ses trois jeunes enfants avec les mêmes revenus a un niveau de vie de l’ordre de 789 euros [7]. Selon les Selon les données de l’Insee, voilà ce que ça donnait en 2014 (données exprimées en base mensuelle) :

D1 D5 D9 C99 [8]
898 1 679 3 105 7 350

C’est-à-dire qu’avec un niveau de vie inférieur ou égal à 898 euros par mois vous faîtes partie des 10% les plus pauvres, avec plus de 1 679 euros vous avez un niveau de vie supérieur à celui de la moitié des français, au-delà de 3 105 euros votre niveau de vie est supérieur à celui de 9 français sur 10 et, à partir de, 7 350 euro (le 99ème percentile), vous appartenez au top 1% en terme de niveau de vie.

Résultats

On a donc deux notions de la richesse : le patrimoine net (le stock) et le niveau de vie (les flux). Pour chacun de ces critères, je vais former quatre groupes :

  • Les pauvre possèdent (patrimoine net ajusté de la classe d’âge) ou gagnent (niveau de vie) moins que la médiane des français (i.e. ils sont moins riches que la moitié des français) ;
  • Les plutôt riches se situent entre la médiane et le 9ème décile (ils sont plus riches que 50% des français mais ne font pas partie des 10% les plus riches) ;
  • Les riches se situent entre le 9ème décile et le 99ème percentile (ils sont plus riches que 90% des français mais ne font pas partie des 1% les plus riches) ;
  • Les très riches, enfin, sont plus riches que 99% des français — c’est le fameux 1%. Comme je n’ai pas les données pour les patrimoines nets ajustés de l’âge, j’ai utilisé un seuil à 4 fois le 9ème décile [9] ;

Voici comment vous vous positionnez, après retraitement des réponses manifestement malveillantes [9], dans cette échelle en terme de patrimoine net ajusté de l'âge :

Échantillon Pauvre Plutôt riche Riche Très riche
France 50% 40% 9% 1%
Vous 34.3% 38.7% 19.4% 7.6%

Et voici la même statistique en terme de niveau de vie :

Échantillon Pauvre Plutôt riche Riche Très riche
France 50% 40% 9% 1%
Vous 22.3% 36.9% 28.5% 12.3%

Celles et ceux qui ont participé à ce sondage sont donc, en moyenne, nettement plus riches que l’ensemble de la population française. Comme, par ailleurs, vous êtes plutôt jeunes (essentiellement dans la tranche 30-50 ans), cet écart est encore plus important en terme de niveau de vie qu’en terme de patrimoine.

Partant de là, à partir de quelle catégorie un ménage doit-il être considéré comme riche selon vous ?

En terme de : Pauvre Plutôt riche Riche Très riche
Patrimoine 5.2% 16.2% 44.2% 34.3%
Niveau de vie 1.8% 15.4% 47.9% 34.8%

Vous êtes donc 5.2% à considérer qu’un ménage est riche même si son patrimoine est inférieur au patrimoine médian des français du même âge et 1.8% à penser qu’on peut être riche avec un niveau de vie inférieur ou égal à 1 676 euros par mois.

À l’autre extrême, vous êtes 34.3% à estimer que pour être riche en terme de patrimoine il faut appartenir au 1% des plus grosses fortunes françaises dans votre tranche d'âge et 34.8% à penser qu’un célibataire n’est riche qu’à partir de 7 350 euros par mois.

Autres aspect intéressant : où situez-vous le seuil de richesse en fonction de la catégorie à laquelle vous appartenez ? Voilà ce que ça donne en termes de patrimoine net :

Selon les... Moins riche que moi Plus riche que moi
Pauvres 3.1% 96.9%%
Plutôt riches 8.1% 91.9%
Riches 40.5% 59.5%
Très riches 51.7% 48.3%

C’est-à-dire que, pour toutes les catégories à l'exception des très riches, est riche celui qui est plus riche que vous. Au total, vous êtes 84% à avoir estimé le seuil de richesse patrimonial au-delà de votre propre patrimoine.

Voici la même statistique en terme de niveau de vie :

Selon les... Moins riche que moi Plus riche que moi
Pauvres - 100%
Plutôt riches 13.5% 86.5%
Riches 23.9% 76.1%
Très riches 53.8% 46.8%

On observe le même phénomène : il n'y a que parmi celles et ceux qui appartiennent au 1% qu'une majorité s'estiment déjà riches. Au total, 81.7% d'entre-vous placez spontanément le seuil de richesse en termes de niveau de vie au-delà de votre propre niveau de vie.

Taxer les riches

Faut-il taxer les riches pour lutter contre les inégalités ? Naturellement, ceux qui me suivent sur Twitter étant massivement libéraux, les deux tiers des réponses sont négatives. Mais en comparant les réponses en fonction du niveau de richesse, on obtient quelques résultats amusants. Voici les résultats en fonction de vos patrimoines :

Selon les... Contre, plutôt contre Pour, plutôt pour
Pauvres 62.6% 34.4%
Plutôt riches 64.2% 29.1%
Riches 74.3% 20.3%
Très riches 69% 24.1%

Et voici la même chose mais en fonction de vos niveaux de vie :

Selon les... Contre, plutôt contre Pour, plutôt pour
Pauvres 60% 35.3%
Plutôt riches 59.6% 32.6%
Riches 71.6% 24.8%
Très riches 83% 14.9%

Vous constatez comme moi qu’en général, plus on est riche, moins on apprécie l’idée de se faire taxer et qu’au contraire, les moins riches voient d’un assez bon œil ce type de politiques.

Notez, cependant, la réponse intéressante des très hauts patrimoines qui sont plus nombreux que les riches à accepter cette idée et comparez ce résultat avec le second tableau. Quand on a déjà fait fortune, on est manifestement plus enclin à en donner un peu que quand on est en train d’essayer d’en constituer une.

Bref, quand vous entendez quelqu’un parler de taxer les riches, vous êtes fondés à lui demander ce qu’il entend, exactement, par les « les riches » : si ça se trouve, c’est de vous qu’il parle.

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[1] Tous les flux de revenus futurs ont une valeur que l’on peut estimer, avec plus ou moins de précision, par actualisation de ces flux. C’est typiquement comme ça qu’on détermine la valeur d’une obligation.
[2] Quand, dans quelques années, l’hypothétique propriétaire d’un appartement de 200 000 euros aura fini de rembourser sont crédit, son patrimoine net vaudra bien 200 000 euros aux variations des prix de l’immobilier près.
[3] Évidence superbement ignorée par Thomas Piketty et consorts, soit dit en passant.
[4] Au 15 mars 2017, 1 000 euros par an pendant 20 ans avec garantie d'État ça vaut environ 18 700 euros.
[5] Âge de la personne de référence du ménage.
[6] Pour un découpage plus fin mais sans distinction d’âge, voyez ici.
[7] Et ses enfants aussi : dans un même ménage, tout le monde à le même niveau de vie, par définition.
[8] J'ai oublié où j'ai trouvé ce chiffre mais vous pouvez me faire confiance.
[8] En moyenne, ça fait un patrimoine net de l'ordre de 1.9 millions : c'est le bon ordre de grandeur.
[9] Un électeur de Marine le Pen, que je remercie ici, estime qu’on est riche avec un patrimoine net et des revenus nuls.

Protectionnisme, dévaluation et réindustrialisation

Je voudrais revenir ici sur quelques-unes des inepties qui émaillent le programme économique et les discours de Madame le Pen (mais aussi ceux de l'extrême gauche).

Avant l’euro, la France était libre de faire ce qu’elle voulait du franc

Ça n’est que très partiellement exact. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la parité du franc face aux autres devises a toujours été encadrée par des accords internationaux. Au début, c’était ceux de Bretton Woods, du 26 décembre 1945 au 19 mars 1973, puis le serpent monétaire européen, du 24 avril 1972 au 15 mars 1976 et enfin le système monétaire européen (SME), du 13 mars 1979 à la création de l’euro.

Ça n’a pas empêché nos gouvernements successifs de dévaluer massivement le franc - notamment sous la IVème république et au début du premier septennat de François Mitterrand - mais dire qu’ils étaient libres de le faire comme bon leur semble est faux : ça faisait l’objet de négociations internationales dans le cadre de ces accords.

Au total, depuis 1945, la souveraineté monétaire dont rêve Madame le Pen n’a existé que durant 4 ans et 6 mois : lors d’une sortie provisoire du franc du serpent monétaire entre le 19 janvier 1974 et le 10 juillet 1975 et entre la fin du serpent et le début du SME, du 15 mars 1976 au 13 mars 1979.

L’euro est surévalué

Non. L’euro évolue dans un régime de changes flottants c’est-à-dire que sa valeur, par rapport au dollar, à la livre sterling, au yen ou au renminbi (a.k.a. Le yuan), n’est pas déterminée par une décision administrative mais par le marché.

Si vous pensez que l’euro est surévalué, vous partez implicitement du principe que les milliers de professionnels qui interviennent sur le marché des changes se trompent tandis que vous avez raison. Ça n’est pas complètement impossible mais c’est un pari risqué.

Quoi qu’il en soit, si c’est bien ce que vous pensez, je vous invite à investir vos économies sur vos convictions : si, par exemple, vous croyez que l’euro est surévalué face au dollar, empruntez des euros, convertissez-les en dollars et placez-les sur des obligations libellées en dollars. Vous allez gagner un maximum d’argent… ou pas.

Une dévaluation ne créera pas ou peu d’inflation

C’est stupide. Une dévaluation, au sens strict du terme, consiste à reconnaître officiellement la perte de valeur d’une monnaie par rapport à une ou plusieurs autres dans un régime de changes administrés. C’est donc la conséquence de politiques inflationnistes.

Or, comme expliqué plus haut, nous évoluons dans un régime de changes flottants. Si Madame le Pen, une fois au pouvoir, peut nous imposer une dépréciation du franc elle ne peut pas obliger les États-Unis, la Grande Bretagne, le Japon ou la Chine à signer un accord de changes administrés. Il n’y aura donc pas dévaluation mais dépréciation.

Pour ce faire, il n’y a pas cinquante méthodes : il faudra imposer à la Banque de France d’émettre des francs et de s’en servir pour acheter des dollars, des livres sterling, des yens ou du renminbi. L’argument qui consiste à dire que seuls les produits importés verront leurs prix augmenter est une imbécillité : dévaluer en régime de changes flottants c’est, par définition, une politique inflationniste.

L’euro n’est pas adapté à notre compétitivité

Eh quoi ? Les français seraient structurellement moins compétitifs que les allemands, les hollandais ou les irlandais ? C’est encore une fumisterie : le seul effet qu’aura une dévaluation, à supposer que nos partenaires commerciaux ne nous retournent pas la politesse, c’est de réduire les revenus réels (ajustés de l’inflation) de ceux d’entre nous qui touchent des revenus fixes - salariés et retraités en tête.

Concrètement, vos salaires augmenteront moins vite que les prix ce qui signifie que vous deviendrez plus pauvres et que les seuls gagnants de l’opération seront les actionnaires des entreprises exportatrices. C’est bien simple : si les salaires suivent l’évolution des prix, la dévaluation compétitive n’a aucun effet.

Il n’existe rien de tel qu’une “monnaie adaptée à notre compétitivité” : Sous de Gaulle, les nouveaux francs n’ont pas été dévalués une seule fois et ça a été une des meilleures périodes économiques de notre histoire. Dévaluer ne créé pas de richesse : ce n’est qu’un transfert non démocratique de richesse. C’est toute la différence entre la politique de modération salariale menée en Allemagne et celle que préconise Madame le Pen : la première est transparente et soumise à un contrôle démocratique, la seconde non.

Si l’État pouvait emprunter à la Banque de France, il n’y aurait pas de dette publique

Fumisterie. De 1803 à 1914, le franc (germinal) valait 290.25 milligrammes d’or, l’inflation était quasi-nulle et l’État n’avait aucune difficulté à rembourser ses dettes. Comment ? Eh bien c’est simple : en équilibrant son budget, il a fallu une guerre mondiale pour qu’il ne soit plus en mesure de le faire.

Depuis 1975, pas un seul de nos gouvernements n’a été fichu d'exécuter un budget à l’équilibre : ça fait maintenant 42 ans que l’État dépense systématiquement plus que ce qu’il perçoit et ce, malgré une des pressions fiscales les plus élevées au monde. Arrêtez de chercher des excuses : notre dette publique vient de là, le reste n’est que mauvaise littérature.

Par ailleurs, la dernière fois que nous avons eu recours à ce genre d'imbécillités, au début des années 1980, les taux à dix ans sur la dette de l’État sont montés à plus de 17% par an (contre moins de 1% aujourd’hui) : vous aurez le choix entre couper la dépense publique dans la panique ou dévaluer un nouvelle fois (et ainsi de suite). Mitterrand a voulu jouer à ce petit jeu : ça n’a pas duré 3 ans.

La balance commerciale est déficitaire : c’est grave

Non. On s’en fiche totalement. Une balance commerciale déficitaire, ça n’est pas un problème et ce, d’autant plus que la nôtre ne tient même pas compte des échanges de services.

L’idée selon laquelle “un pays qui importe plus qu’il n’exporte s’appauvrit” relève de l’économie de boutiquier, d’une méconnaissance totale des échanges internationaux en général et du concept de balance des paiements en particulier. Si nous importons plus que nous exportons, c’est parce que nous en avons les moyens, moyens qui nous viennent, entre autres choses, des revenus de nos investissements à l’étranger.

La balance commerciale des États-Unis, pour prendre un exemple, est déficitaire depuis plus de 40 ans et, jusqu’à preuve du contraire, les citoyens américains ne se sont pas appauvris.

Il faut réindustrialiser la France

Non plus. La “désindustrialisation” - la baisse de la part de l’industrie dans le PIB ou de la part de l’industrie dans l’emploi total - est un phénomène mondial, une tendance historique de fond. Vouloir réindustrialiser, c’est aller à contre-sens de l’histoire : c’est stupide.

L’industrie suit tout simplement le chemin suivit par l’agriculture avant elle : nous avons fait des progrès technologiques considérables et, dès lors, la valeur ajoutée produite par une usine qui produit des trucs physiques s’est effondrée - sauf dans l’industrie de précision, précisément celle qui ne s’est pas ou peu délocalisée et qui, justement, continue à payer des salaires décents.

Si vous voulez voir vos enfants travailler à la chaîne pour des salaires de misère, libre à vous. Personnellement, je préfère voir les miens s’orienter vers des métiers d’avenir, des métiers dans lesquels ils ne risqueront pas tous les jours de se faire remplacer par une machine.

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